L.E. cherche toujours quoi répondre à ceux qui défendent l'œuvre de Maria Valtorta...
"Les gens détruisent les personnes les plus calmes, puis les traitent de toxiques le jour où elles finissent par réagir."
... Mais tout ce que L.E. trouve à opposer aux réponses irréprochables qui lui sont systématiquement apportées tient finalement en ceci, ce qui montre surtout qu'il écarte les bons arguments lorsqu'ils ne vont pas dans son sens et qu'il préfère leur substituer des griefs qu'il ne prend même pas la peine d'étayer :
« On observe chez certains fidèles "révélationnistes" une tendance passionnelle et maladive à absolutiser les révélations privées, réelles ou supposées. Ces derniers se moquent des avis ou des condamnations du Magistère lorsque ceux-ci ne vont pas dans leur sens, en choisissant de faire primer leur subjectivité sur l'autorité ecclésiale. Cela est favorisé, il faut malheureusement le reconnaître, par un manque de formation catéchétique élémentaire, et la désorientation et le manque de clarté de nombreux pasteurs. Mais les choses sont ainsi, il y aura toujours des illuminés qui privilégieront leur imaginaire et leurs besoins sentimentaux à la saine raison et à la voix objective de l'Église. KYRIE ELEISON. »
Venant de quelqu'un qui, ces dernières semaines, présente jour après jour à ses lecteurs une vision pour le moins déformée de certains aspects de la foi catholique, sans même rester fidèle à l'angle d'étude qu'il revendiquait au départ — à savoir « laisser la Bible éclairer elle-même la Bible » —, il est assez savoureux de lire ce genre de réflexion.
Car, en pratique, L.E. ne se contente pas de laisser la Bible « s'éclairer elle-même ». Il sélectionne certains passages de l'Écriture, les isole de leur contexte et les fait servir à des constructions théologiques qui dépassent largement ce que les textes permettent d'affirmer. La méthode qu'il revendique ainsi n'est donc pas toujours celle qu'il met réellement en œuvre.
Une autre invective, qu'il a depuis supprimée, s'en prenait même à la santé mentale des « valtortistes » :
« Les valtortistes ont même été jusqu'à créer un wiki Maria Valtorta ? Cela prouve leur degré de fanatisme envers leur idole ! »
Or, créer un site sérieux et documenté afin d'informer les fidèles sur tout ce qui concerne l'œuvre de Maria Valtorta, de mettre à leur disposition les sources pertinentes et de contribuer à mettre fin aux controverses inutiles et caricaturales qui l'entourent :
- cela n'a rien d'un « fanatisme idolâtrique » ;
- cela peut au contraire constituer une œuvre parfaitement légitime d'information et de défense de la vérité au service des fidèles et, plus largement, de l'Église du Christ.
Ce qui est assez révélateur, en définitive, c'est que L.E. ne semble pas avoir trouvé d'autre moyen de répondre aux arguments précis, intelligibles et sourcés qui lui ont été opposés qu'en recourant à des qualificatifs tels que « illuminés », « fanatiques » ou encore en invoquant les prétendus « besoins sentimentaux » de ceux qui ne partagent pas ses conclusions.
---> Lorsqu'on prétend défendre la raison, la saine doctrine et l'autorité de l'Église, on devrait normalement commencer par répondre aux arguments eux-mêmes.
BIAISÉ !L'intolérable Évangile. Partie 4. Une approche nouvelle de la pauvreté.L.E. part d’un noyau évangélique parfaitement légitime, mais il pousse ensuite certaines affirmations beaucoup plus loin que ne le permet le texte biblique, jusqu’à produire une conception de la pauvreté assez déséquilibrée. L’article est d’ailleurs intéressant parce qu’il révèle assez bien la méthode générale de L.E. : partir d’une vérité biblique forte, l’opposer à ce qu’il présente comme nos « réflexes humains », puis transformer progressivement cette opposition en une conclusion extrêmement radicale. 1. Le point de départ est parfaitement chrétien Il faut d'abord lui reconnaître cela. L.E. rappelle avec raison plusieurs vérités évangéliques fondamentales : - le danger spirituel de l'attachement aux richesses ; - la nécessité de ne pas faire de l'argent une idole ; - la solidarité envers les pauvres ; - le lien entre le Christ et les petits ; - l'exigence de détachement ; - la nécessité de la grâce pour vivre chrétiennement. Lorsqu'il cite : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » (Mt 6,24) ou : « Toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40), il est évidemment dans l'Évangile. Et sa conclusion sur la nécessité de la grâce est elle aussi profondément catholique : l'homme ne se sanctifie pas par ses seules forces naturelles. L.E. termine justement par Jean 15,5, 2 Corinthiens 12,9, Philippiens 4,13 et Galates 2,20. Le problème n'est donc pas ce qu'il affirme au départ. C'est le glissement qu'il opère ensuite. 2. Première grosse faiblesse : il confond parfois « pauvreté » et « pauvreté matérielle » C'est le problème principal de l'article. L.E. affirme : « Jésus [...] ne recommande pas non plus seulement la charité envers les pauvres : il l'incarne cette pauvreté » puis il enchaîne avec les Béatitudes, Mamon et le jeune homme riche. Mais il faut distinguer plusieurs réalités : 1. La pauvreté matérielle. 2. Le détachement des richesses. 3. La pauvreté en esprit. 4. La pauvreté volontaire comme conseil évangélique. 5. La misère subie. Or L.E. tend à les faire converger vers une seule réalité : la pauvreté comme telle serait une valeur évangélique à embrasser. C'est beaucoup trop rapide. Le christianisme ne dit pas que la misère matérielle est bonne en elle-même. Un homme qui ne peut pas nourrir ses enfants n'est pas dans une situation que l'Église lui demanderait de « chérir ». Une personne malade, sans logement ou privée de ressources n'est pas davantage appelée à aimer sa condition matérielle comme telle. Ce que le christianisme demande, c'est de ne pas faire de la richesse son dieu, et de demeurer disponible à Dieu et au prochain. C'est très différent. 3. Le passage le plus contestable : « aimer la pauvreté » L.E. écrit : « Il nous intime l'ordre divin de regarder en face ce que nous fuyons, de l'accepter, et pire, de l'aimer. » Puis : « [...] aimer la pauvreté et les pauvres de la manière dont nous le demande Jésus. » C'est précisément là que son raisonnement devient problématique. Jésus nous demande explicitement d'aimer les pauvres. Mais cela ne signifie pas nécessairement : « Jésus nous demande d'aimer la pauvreté matérielle en tant que telle. » Ce sont deux propositions différentes. Il faut d'ailleurs remarquer quelque chose de très révélateur : - dans Matthieu, Jésus dit : « Heureux les pauvres en esprit » - alors que L.E. choisit ici Luc : « Heureux vous qui êtes pauvres » Le choix de Luc est parfaitement légitime. Mais il ne permet pas à lui seul de construire une doctrine selon laquelle la pauvreté matérielle serait intrinsèquement une condition spirituellement supérieure. Sinon il faudrait aller jusqu'à dire que plus quelqu'un est pauvre matériellement, plus il est béni. Or l'Évangile ne permet pas une telle équation. 4. L'histoire du jeune homme riche est également généralisée abusivement L.E. écrit : « Rompre avec nos sécurités, embrasser la précarité ne serait-ce qu'en esprit et aimer la pauvreté [...] dépasse nos forces naturelles. » Le problème est qu'il transforme progressivement un appel adressé par Jésus à un homme particulier en une sorte de norme universelle. Jésus dit effectivement au jeune homme riche : « Va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres... » Mais l'Église n'a jamais enseigné que tout chrétien devait vendre tous ses biens et devenir matériellement pauvre. Sinon la vie chrétienne ordinaire serait impossible. Il existe justement dans la tradition catholique une distinction fondamentale entre : - les préceptes évangéliques, obligatoires pour tous ; - les conseils évangéliques, notamment la pauvreté volontaire, qui caractérisent particulièrement la vie consacrée. L.E. gomme pratiquement cette distinction. 5. Sa psychologie de « l'homme déchu » est très affirmée… mais insuffisamment démontrée Au début, L.E. explique que l'homme cherche spontanément la sécurité, accumule les richesses, rejette le pauvre parce qu'il lui renvoie sa propre vulnérabilité, etc. Il y a certainement une part de vérité là-dedans. Mais L.E. présente cette construction psychologique comme une sorte de mécanisme anthropologique général : « Nous sommes mus par le besoin de persister dans l'être... » « nous fuyons ce qui nous répugne, le vulnérable, le malade, le pauvre... » Cela dépasse largement ce que démontrent les passages bibliques cités. C'est une interprétation psychologique de la Bible, et non simplement une « exégèse intrabiblique ». C'est d'autant plus intéressant que L.E. revendique ailleurs une méthode consistant à laisser « la Bible parler de la Bible ». Or ici, il introduit toute une anthropologie psychologique qui ne vient pas directement des textes qu'il cite. C'est une contradiction méthodologique assez significative. 6. « Le pauvre » devient presque une catégorie sacrée Autre glissement. L.E. écrit : « Jésus-Christ persiste encore dans le scandale, il va jusqu'à ériger la pauvreté en gage absolu de la bénédiction divine. » « Gage absolu » est beaucoup trop fort. Les Béatitudes ne signifient pas que la pauvreté matérielle serait une sorte de sacrement du salut. D'ailleurs, l'Évangile lui-même montre des personnes riches qui sont disciples du Christ : - Zachée ; - Joseph d'Arimathie ; - les femmes qui soutiennent matériellement Jésus et les Apôtres ; - diverses familles chrétiennes de l'Église primitive. La richesse n'est donc pas assimilée automatiquement au péché. Ce qui est condamné, c'est l'esclavage de l'homme à la richesse. Et c'est précisément là que l'article aurait pu être beaucoup plus équilibré. 7. Il y a néanmoins une très bonne intuition : « nous sommes tous pauvres devant Dieu » La fin est probablement la partie la plus intéressante théologiquement : « Nous sommes tous des pauvres devant Dieu » Voilà le véritable centre théologique qui aurait dû structurer tout l'article. La pauvreté évangélique n'est pas d'abord une question de compte bancaire. Elle consiste fondamentalement à reconnaître : « Je ne suis pas la source de mon propre salut. Je reçois tout de Dieu. » C'est exactement ce que L.E. retrouve à la fin lorsqu'il écrit que l'homme doit reconnaître son indigence fondamentale et recevoir la grâce. Autrement dit, la pauvreté spirituelle est plus fondamentale que la pauvreté économique. Et cette distinction aurait permis de rendre son article beaucoup plus solide. 8. Une autre formulation qui pose problème : « Jésus a tout payé » La conclusion dit : « Jésus a tout payé pour notre salut, et c'est lui, par sa grâce souveraine, qui accomplira tout notre sanctification — sachant que notre libre coopération elle-même est un fruit de sa grâce. » La seconde partie corrige heureusement la première : L.E. reconnaît explicitement la coopération libre de l'homme. Mais l'expression « Jésus a tout payé » peut devenir ambiguë si elle est comprise dans une logique de salut exclusivement passif. Or la doctrine catholique tient ensemble deux choses : - tout vient de la grâce ; et - l'homme coopère réellement et librement à cette grâce. L.E. le sait puisqu'il ajoute lui-même que cette coopération est un fruit de la grâce. Mais son vocabulaire très radical risque de faire disparaître la seconde dimension derrière la première. 9. Ce qui paraît particulièrement révélateur chez L.E. Cet article confirme un schéma que l'on retrouve dans ses autres textes. Il part d'une opposition : Évangileréflexes humains puis : Évangilesécurité puis : Évangilerichesse puis : Évangilepauvreté et finit pratiquement par : Évangile = renversement radical de toutes les valeurs humaines. Cette méthode produit des textes très percutants. Mais elle comporte un danger : à force de chercher le « scandale » de l'Évangile, L.E. finit par absolutiser certains aspects du message évangélique au détriment de ses équilibres. ---> C'est exactement ce qu'il fait ici avec la pauvreté. L'Évangile n'est pas simplement : « Tout ce que l'homme valorise est mauvais ; tout ce qui est l'inverse est bon. » Il est beaucoup plus subtil. La richesse peut devenir idolâtrie, mais elle peut aussi être administrée chrétiennement. La pauvreté peut être vécue saintement, mais la misère n'est pas un bien en soi. La possession peut être mauvaise lorsqu'elle asservit, mais elle peut aussi servir le prochain. Le renoncement est évangélique, mais la création matérielle est également bonne. Verdict Situons donc l'article ainsi : - Aspect - Appréciation - Importance accordée aux pauvres Très évangélique - Condamnation de l'idolâtrie de l'argent Très juste - Nécessité de la grâce Très juste - Appel au détachement Très juste - Analyse psychologique de l'homme Intéressante mais spéculative - Assimilation pauvreté matérielle / pauvreté évangélique Problématique - « Aimer la pauvreté » Formulation excessive - « Gage absolu de bénédiction » Très discutable - Généralisation du cas du jeune homme riche Excessive - Équilibre entre grâce et coopération Insuffisant malgré une correction finale En résumé L.E. dit beaucoup de choses vraies, mais il les pousse jusqu'à des formulations qui ne sont plus suffisamment nuancées. Et c'est précisément ce qui rend l'article assez trompeur :le lecteur est constamment porté par des citations authentiquement évangéliques, si bien qu'il risque de ne pas remarquer le moment où l'on passe du texte biblique à l'interprétation personnelle de L.E. La phrase qui résume le mieux le problème serait donc : L.E. démontre très bien que le chrétien doit être pauvre de cœur et libre à l'égard des richesses ; il ne démontre pas que Jésus impose à tout chrétien d'aimer la pauvreté matérielle ou d'embrasser la précarité. Et c'est une différence théologique considérable. Enfin, il y a une ironie assez savoureuse : L.E. prétend régulièrement revenir au « texte brut » de l'Écriture pour éviter les « sédiments théologiques ou imaginaires » ; ---> or cet article est justement rempli de constructions psychologiques et de déductions théologiques qui ne sont pas contenues telles quelles dans les versets cités. Sa propre méthode devrait donc lui imposer davantage de prudence. Si l'on voulait vraiment réfuter cet article de manière serrée, passage par passage, il y aurait matière à faire une démonstration assez redoutable : prendre chacune de ses affirmations sur la pauvreté et montrer, texte biblique + Tradition + Magistère à l'appui, où L.E. passe insensiblement de ce que dit Jésus à ce que L.E. lui fait dire. L'intolérable Évangile. Partie 4. Une approche …